•  

     

    Elle est mon amie, ma compagne,

    Et partout elle m’accompagne,

    En veillant sur moi chaque instant

    De l’été au prochain printemps.

     

    A tous ceux qui n’ont pas conscience

    Tout comme moi de sa présence

    Et qui me croit en plein délire,

    A tous ceux-là je viens leur dire:

     

    Leur rejet n’a pas d’importance

    Que chacun garde ses croyances.

    Moi, qui ai foi en l'éternel,

    Que l'on me laisse être avec elle.

     

    Elle est mon soleil, ma lumière.

    De l'aimer, c'est vrai, j'en suis fière.

    Devant elle et vous, je proclame

    Que je ne veux pas d'autre femme.

     

    Sous ses doux baisers, ses caresses,

    Débordant pour moi de tendresse,

    Je m'endors chaque soir, paisible,

    Au creux de ses bras invisibles.

     

    Elle est tout simplement divine,

    Répond au prénom de Pauline.

    Dans l'énergie de son amour,

    Je serai sienne pour toujours.

     

    L.


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  •  

     

    Ta robe participe à ton être enchanté,

    O ma très chère!... Elle est un peu de ta beauté.

     

    La respirer, c'est ton odeur que l'on dérobe.

    Ton cœur intime vit dans les plies de ta robe,

     

    L'odeur de nos baisers anciens est dans ses plis...

    Elle se ressouvient de nos divins oublis.

     

    En mon être secret je suis presque jalouse

    De l'étoffe qui suit ton corps et qui l'épouse.

     

    J'ose te l'avouer, en un soir hasardeux

    Où l'on s'exprime enfin... Nous t'aimons toutes deux.

     

    D'avoir été si près de ta douceur suprême,

    Ta robe est ma rivale, et cependant je l'aime...

     

     

    Tu n'aimes déjà plus ta robe de jadis,

    Soyeuse et longue ainsi qu'un irréel iris.

     

    Mais moi je l'aime et je la veux et je la garde.

    Pour moi, le passé reste et l'autrefois s'attarde.

     

    J'adore ces chers plis du voile transparent

    Qui n'enveloppe plus ton corps indifférent.

     

    Garde-moi, parfumée ainsi qu'une momie,

    Ta robe des beaux jours passés, ô mon amie!

     

    Renée VIVIEN - Sillages - 1908


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  •  

     

    Tu le vois, j'ai remis ma robe des grands jours.

    Celle-là qui avait sublimé nos amours.

     

    Je m'y ressens déjà plus belle et lumineuse,

    Comme jadis, au temps de nos heures heureuses.

     

    Tu peux le vérifier, l'étoffe en est intacte,

    De tes doigts qui le feront toujours avec tact.

     

    Et telle une seconde peau contre mon corps,

    Il est bien probable qu'elle respire encore.

     

    Dans ces plis, si tu veux, recherches-y mon cœur

    Comme tu le faisais de toute ta douceur.

     

    Reviens donc t'enivrer de ce si doux parfum

    Qu'abritent tous ses plis. Déposes-y tes mains

     

    Et tes lèvres aussi, et de tes baisers fous

    Que tu nous aimes toutes deux, redis-le-nous.

     

    Tu le vois, j'ai remis ma robe d'autrefois

    Et, toutes deux, nous sommes là rien que pour toi.

     

    L.


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  •  

     

    Voici l'heure où le mort goûte aux festins funèbres,

    Et je t'ai préparé, comme hier, le repas.

    Grâce aux flammes, grâce aux lampes, on ne sent pas

    L'enveloppement fin et serré des ténèbres.

     

    Voici mes voiles verts, voici mon front paré

    Des joyaux et des fleurs qui conviennent aux fêtes.

    Daigne entrer! Comme hier, toutes choses sont prêtes.

    Savoure le repas savamment préparé.

     

    Ton cœur m'approuvera. Le vin est délectable.

    Ayant mûri dans le soleil d'un très beau jour,

    Les fruits semblent créés par les mains de l'amour.

    Une lueur très douce illumine la table.

     

    Ta place habituelle est prête. Viens t'asseoir,

    Près de moi, prends ici ta place accoutumée,

    O l'amie aux doux yeux tristes, la bien-aimée.

    Pour toi j'ai revêtu mes parures, ce soir!

     

    Pourtant un souffle froid entre-bâille la porte,

    Et dans mon corps glacé je sens mon cœur transi...

    Je ne puis oublier que je suis seule ici,

    Que je suis triste et que je n'aime qu'une morte.

     

    Renée VIVIEN - Sillages - 1908


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  •  

     

    Inlassablement tu m'attendais chaque soir,

    Et tu dressais pour moi, dans ton imaginaire,

    Dans la pièce égayée d'une douce atmosphère,

    Une table de rêve où je venais m'asseoir.

     

    Dans des tons assortis à celui de mes yeux,

    Tu disposais tout le décor avec amour.

    Drapée divinement, dans tes plus beaux atours,

    Je devinais ton corps sous des voiles soyeux.

     

    Si je n'ai jamais eu de souper le besoin,

    J'étais tout près de toi, et je te touchais même,

    Mourant d'envie de te crier combien je t'aime.

    Même en te parlant fort, tu ne m'entendais point.

     

    Ce vent frais qui te glaçait, malheureusement,

    Au lieu de te donner preuve de ma présence

    T'a fait perdre bientôt toutes tes espérances.

    Et pourtant j'étais là, tu le sais à présent.

     

    Et maintenant c'est toi qui viens me retrouver.

    Comme je le faisais mon amour autrefois

    Tu viendras, je le sais, t'allonger contre moi

    Quand notre chambre s'emplira d'obscurité.

     

    L.


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