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    Lorsque tu vins, à pas réfléchis, dans la brume,

    Le ciel mêlait aux ors le cristal et l'airain.

    Ton corps se devinait, ondoiement incertain,

    Plus souple que la vague et plus frais que l'écume.

    Le soir d'été semblait un rêve oriental

                     De rose et de santal.

     

    Je tremblais. De longs lys religieux et blêmes

    Se mouraient dans tes mains, comme des cierges froids.

    Leurs parfums expirants s'échappaient de tes doigts

    En le souffle pâmé des angoisses suprêmes.

    De tes clairs vêtements s'exhalaient tour à tour

                     L'agonie et l'amour.

     

    Je sentis frissonner sur mes lèvres muettes

    La douceur et l'effroi de ton premier baiser.

    Sous tes pas, j'entendis des lyres se briser

    En criant vers le ciel l'ennui fier des poètes.

    Parmi les flots de sons languissamment décrus,

                     Blonde, tu m'apparus.

     

    Et l'esprit assoiffé d'éternel, d'impossible,

    D'infini, je voulus moduler largement

    Un hymne de magie et d'émerveillement.

    Mais la strophe monta bégayante et pénible,

    Reflet naïf, écho puéril, vol heurté,

                     Vers ta Divinité.

     

    Renée Vivien


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    Le jour ne perce plus de flèches arrogantes

    Les bois émerveillés de la beauté des nuits,

    Et c'est l'heure troublée où dansent les Bacchantes

    Parmi l'accablement des rythmes alanguis.

     

    Leurs cheveux emmêlés pleurent le sang des vignes,

    Leurs pieds vifs sont légers comme l'aile des vents,

    Et le rose des chairs, la souplesse des lignes,

    Ont peuplé la forêt de sourires mouvants.

     

    La plus jeune a des chants qui rappellent le râle:

    Sa gorge d'amoureuse est lourde de sanglots.

    Elle n'est point pareille aux autres, - elle est pâle;

    Son front a l'amertume et l'orage des flots.

     

    Le vin où le soleil des vendanges persiste

    Ne lui ramène plus le généreux oubli;

    Elle est ivre à demi, mais son ivresse est triste,

    Et les feuillages noirs ceignent son front pâli.

     

    Tout en elle est lassé des fausses allégresses.

    Et le pressentiment des froids et durs matins

    Vient corrompre la flamme et le miel des caresses.

    Elle songe, parmi les roses des festins.

     

    Celle-là se souvient des baisers qu'on oublie...

    Elle n'apprendra pas le désir sans douleur,

    Celle qui voit toujours avec mélancolie

    Au fond des soirs d'orgie agoniser les fleurs.

     

    Renée Vivien


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    L'orgueil des lourds anneaux, la pompe des parures,

    Mêlent l'éclat de l'art à ton charme pervers,

    Et les gardénias qui parent les hivers

    Se meurent dans tes mains aux caresses impures.

     

    Ta bouche délicate aux fines ciselures

    Excelle à moduler l'artifice des vers:

    Sous les flots de satin savamment entr'ouverts,

    Ton sein s'épanouit en de pâles luxures.

     

    Le reflet des saphirs assombrit tes yeux bleus,

    Et l'incertain remous de ton corps onduleux

    Fait un sillage d'or au milieu des lumières.

     

    Quand tu passes, gardant un sourire ténu,

    Blond pastel surchargé de parfums et de pierres,

    Je songe à la splendeur de ton corps libre et nu.

     

    Renée Vivien


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    Ta voix est un savant poème...

    Charme fragile de l'esprit,

    Désespoir de l'âme, je t'aime

    Comme une douleur qu'on chérit.

     

    Dans ta grâce longue et blêmie,

    Tu reviens du fond de jadis...

    O ma blanche et lointaine amie,

    Je t'adore comme les lys!

     

    On dit qu'un souvenir s'émousse,

    Mais comment oublier jamais

    Que ta voix se faisait très douce

    Pour me dire que tu m'aimais?

     

    Renée Vivien


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    Le couchant adoucit le sourire du ciel.

    La nuit vient gravement, ainsi qu'une prêtresse.

    La brise a déroulé, d'un geste de caresse,

    Tes cheveux aux blondeurs de maïs et de miel.

     

    Tes lèvres ont gardé le pli de la parole

    Dont mon rêve attentif s'est longtemps enchanté.

    Une voix de souffrance a longtemps sangloté

    Dans l'ombre d'où l'encens des fleurs blanches s'envole.

     

    Ta robe a des frissons de festins somptueux,

    Et, sous la majesté de la noble parure,

    Fleurit, enveloppé d'haleines de luxure,

    Lys profane, ton corps pâle et voluptueux.

     

    Ta prunelle aux bleus frais s'alanguit et se pâme.

    Je vois, dans tes regards pareils aux tristes cieux,

    Dans cette pureté dernière de tes yeux,

    La forme endolorie et lasse de ton âme.

     

    Là-bas s'apaise enfin l'essaim d'or des guêpiers...

    Parmi les chants vaincus et les splendeurs éteintes,

    Tu frôles sans les voir les frêles hyacinthes

    Qui se meurent d'amour, ayant touché tes pieds.

     

    Renée Vivien


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