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    J'attends, ô Bien-Aimée! ô vierge dont le front

    Illumine le soir de pompe et d'allégresse,

    Ton hymen aux blancheurs d'éternelle tendresse,

    Car ton baiser d'amour est subtil et profond.

     

    Notre lit sera plein de fleurs qui frémiront,

    Et l'orgue clamera la nuptiale ivresse

    Et le sanglot aigu pareil à la détresse,

    Dans l'ombre où tu pâlis comme un lys infécond.

     

    Et la paix des autels se remplira de flammes;

    Les larmes, les parfums et les épithalames,

    La prière et l'encens monteront jusqu'à nous.

     

    Malgré le jour levé, nous dormirons encore

    Du sommeil léthargique où gisent les époux,

    Et notre longue nuit ne craindra plus l'aurore.

     

    Renée Vivien


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    L'ombre jetait vers toi des effluves d'angoisse:

    Le silence devint amoureux et troublant.

    J'entendis un soupir de pétales qu'on froisse,

    Puis, lys entre les lys, m'apparut ton corps blanc.

     

    J'eus soudain le mépris de ma lèvre grossière...

    Mon âme fit ce rêve attendri de poser

    Sur ta grâce où longtemps s'attardait la lumière

    Le souffle frissonnant d'un mystique baiser.

     

    Dédaignant l'univers que le désir enchaîne,

    Tu gardas froidement ton sourire immortel,

    Car la Beauté demeure étrange et surhumaine

    Et veut l'éloignement splendide de l'autel.

     

    Eparse autour de toi pleurait la tubéreuse,

    Tes seins se dressaient fiers de leur virginité...

    Dans mes regards brûlait l'extase douloureuse

    Qui nous étreint au seuil de la divinité.

     

    Renée Vivien


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    Comme les courtisans près d'un nouveau destin,

    Nous attendions l'éveil propice de l'aurore.

    Les songes attardés se poursuivaient encore,

    Et tes yeux étaient bleus, - bleus comme le matin.

     

    Tandis que je songeais à la douceur passée,

    Tes cheveux répandaient une odeur de sommeil.

    Dans la crainte de voir éclater le soleil,

    Notre nuit s'éloignait, souriante et lassée.

     

    Tel un léger linceul de spectre, le brouillard

    Matinal s'allongeait avant de disparaître,

    Et le monde était plein d'un immense "peut-être".

    L'aube était incertaine ainsi que ton regard.

     

    Tu semblais deviner mes extases troublées.

    Dans l'ombre je croyais te voir enfin pâlir,

    Et j'espérais qu'enfin jaillirait le soupir

    De nos coeurs confondus, de nos âmes mêlées.

     

    Nos êtres frémissaient de tressaillements sourds.

    Nous espérions avoir atteint l'amour lui-même,

    Sa très terrible ardeur et son éclair suprême...

    Et le jour s'est levé, comme les autres jours!

     

    Renée Vivien


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    Comment oublier le pli lourd

    De tes belles hanches sereines,

    L'ivoire de ta chair où court

    Un frémissement bleu de veines?

     

    N'as-tu pas senti qu'un moment,

    Ivre de ses angoisses vaines,

    Mon âme allait éperdument

    Vers tes chères lèvres lointaines?

     

    Et comment jamais retrouver

    L'identique extase farouche,

    T'oublier, revivre et rêver

    Comme j'ai rêvé sur ta bouche?

     

    Renée Vivien


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    L'art délicat du vice occupe tes loisirs,

    Et tu sais réveiller la chaleur des désirs

    Auxquels ton corps perfide et souple se dérobe.

    L'odeur du lit se mêle aux parfums de ta robe.

    Ton charme blond ressemble à la fadeur du miel.

    Tu n'aimes que le faux et l'artificiel,

    La musique des mots et des murmures mièvres.

    Ton baiser se détourne et glisse sur les lèvres.

    Tes yeux sont des hivers pâlement étoilés.

    Les deuils suivent tes pas en mornes défilés.

    Ton geste est un reflet, ta parole est une ombre.

    Ton corps s'est amolli sous des baisers sans nombre,

    Et ton âme est flétrie et ton corps est usé.

    Languissant et lascif, ton frôlement rusé

    Ignore la beauté loyale de l'étreinte.

    Tu mens comme l'on aime, et, sous ta douceur feinte,

    On sent le rampement du reptile attentif.

    Au fond de l'ombre, telle une mer sans récif,

    Les tombeaux sont encor moins impurs que ta couche...

    O femme! je le sais, mais j'ai soif de ta bouche!

     

    Renée Vivien


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