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    L'odeur des vignes monte en un souffle d'ivresse:

    La pesante douceur des vendanges oppresse

    La paix, la longue paix des automnes sereins.

    Voici le champ, meurtri par les longues cultures,

    L'enclos tiède, où le fruit livre ses grappes mûres,

    Comme une femme offrant l'ambre de ses deux seins.

     

    Un spectre de Bacchante erre parmi les treilles.

    Sa rouge chevelure et ses lèvres vermeilles,

    Ses paupières de pourpre aux replis somptueux,

    Brûlent du flamboiement des anciennes luxures,

    Et, dévoilant sa chair aux sanglantes morsures,

    Elle chante à grands cris le vin voluptueux.

     

    Les baisers sans amour sur les lèvres stupides,

    Les regards vacillants dans le fond des yeux vides

    Sortiront, enfiévrés, de l'effort du pressoir.

    L'air se peuple déjà de visions profanes,

    De festins où fleurit le front des courtisanes...

    Les effluves du vin futur troublent le soir...

     

    L'odeur des vignes monte en un souffle d'ivresse:

    La pesante douceur des vendanges oppresse

    La paix, la longue paix des automnes sereins.

    Voici le champ, meurtri par les longues cultures,

    L'enclos tiède, où le fruit livre ses grappes mûres,

    Comme une femme offrant l'ambre de ses deux seins.

     

    Renée Vivien


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                                    "Her gentle feet tread down the weeds

                                    "And give more place to flowers.

     

     

    Elle écarte en passant les ronces des chemins.

    Au geste langoureux et frôleur de sa main

    Eclosent blanchement les frêles églantines...

    Mais sa chair s'est blessée à tant d'âpres épines!

    J'ai vu saigner ses pieds aux buissons du chemin.

     

    Son lent sourire tombe au sein d'or des corolles.

    L'évanouissement de ses vagues paroles

    Remplit de bleus échos les jardins d'aconit

    Sous les rayons cruels de la lune au zénith.

    Son lent sourire tombe au sein d'or des corolles.

     

    Dans l'ombre de ses pas pleurent les liserons...

    Le jasmin, diadème aux délicats fleurons,

    Cet astre atténué, la chaste primevère,

    Parent son front de vierge à la beauté sévère...

    Là-bas pleurent d'amour les simples liserons.

     

    Son être, où brûle encor l'ardeur des soifs divines,

    S'est blessé trop souvent aux sauvages épines, -

    J'ai vu saigner son coeur aux buissons du chemin.

    Elle va gravement vers le lourd lendemain,

    Inlassable et gardant l'ardeur des soifs divines...

     

    J'ai vu saigner son coeur aux buissons du chemin.

     

    Renée Vivien


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                                 ... Car il n'est pas juste que la lamentation

                                 soit dans la maison des serviteurs des Muses:

                                 cela est indigne de nous.

                                                                                    Psappha.

     

     

    Le charme maladif des musiques moroses

    Ici ne convient point à l'auguste trépas.

    Venez, il faut couvrir de rythmes et de roses

    La maison de l'Aède, où le deuil n'entre pas!

     

    Que, parmi le reflux des clartés, se déploie

    La pompe des parfums, des chants et des couleurs:

    Avec des cris d'orgueil, d'espérance et de joie,

    Jetez à pleines mains les fleurs, les fleurs, les fleurs!

     

    Renée Vivien


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    O forme que les mains ne sauraient retenir!

    Comme au ciel l'élusif arc-en-ciel s'évapore,

    Ton sourire, en fuyant, laisse plus vide encore

    Le coeur endolori d'un trop doux souvenir.

     

    Ton caprice lassé, comment le rajeunir,

    Afin qu'il refleurisse aux fraîcheurs d'une aurore?

    Quels mots te murmurer, et quel lys faire éclore

    Pour enchanter l'ennui de l'heure et du loisir?

     

    De quels baisers charmer la langueur de ton âme,

    Afin qu'exaspéré d'extase, pleure et pâme

    Ton être suppliant, avide et contenté?

     

    De quels rythmes d'amour, de quel fervent poème

    Honorer dignement Celle dont la beauté

    Porte au front le Désir ainsi qu'un diadème?

     

    Renée Vivien


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    Le soir verse les demi-teintes

    Et favorise les hymens

    Des véroniques, des jacinthes,

    Des iris et des cyclamens.

     

    Charmant mes gravités meurtries

    De tes baisers légers et froids,

    Tu mêles à mes rêveries

    L'effleurement blanc de tes doigts.

     

    Renée Vivien


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