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    Douceur de mes chants, allons vers Mytilène.

    Voici que mon âme a repris son essor,

    Nocturne et craintive ainsi qu'une phalène

                     Aux prunelles d'or.

     

    Allons vers l'accueil des vierges adorées:

    Nos yeux connaîtront les larmes des retours:

    Nous verrons enfin s'éloigner les contrées

                     Des ternes amours.

     

    L'ombre de Psappha, tissant les violettes

    Et portant au front de fébriles pâleurs,

    Sourira là-bas de ses lèvres muettes

                     Lasse de douleurs.

     

    Là-bas gémira Gorgô la délaissée,

    Là-bas fleuriront les paupières d'Atthis

    Qui garde en sa chair, savamment caressée,

                     L'ardeur de jadis.

     

    Elle chanteront les Grâces solennelles,

    Les sandales d'or de l'Aube au frais miroir,

    Les roses d'une heure et les mers éternelles,

                     L'étoile du Soir.

     

    Nous verrons Timas, la vierge tant pleurée,

    Qui ne subit point les tourments de l'Erôs,

    Et nous redirons à la terre enivrée

                     L'hymne de Lesbôs.

     

    Renée Vivien


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    Ceux-là dont les manteaux ont des plis de linceuls

    Goûtent la volupté divine d'être seuls.

     

    Leur sagesse a pitié de l'ivresse des couples,

    De l'étreinte des mains, des pas aux rythmes souples.

     

    Ceux dont le front se cache en l'ombre des linceuls

    Savent la volupté divine d'être seuls.

     

    Ils contemplent l'aurore et l'aspect de la vie

    Sans horreur, et plus d'un qui les plaint les envie.

     

    Ceux qui cherchent la paix du soir et des linceuls

    Connaissent la terrible ivresse d'être seuls.

     

    Ce sont les bien-aimés du soir et du mystère.

    Ils écoutent germer les roses sous la terre

     

    Et perçoivent l'écho des couleurs, le reflet

    Des sons... Leur atmosphère est d'un gris violet.

     

    Ils goûtent la saveur du vent et des ténèbres,

    Et leurs yeux sont plus beaux que des torches funèbres.

     

    Renée Vivien


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    L'onde charrie au loin les feuilles en détresse

    Et qui flottent au fil du courant. L'air est doux.

    Allons à la dérive, errons, ô ma maîtresse!

    Languissamment, au gré du fleuve ardent et roux.

     

    Le fleuve ensanglanté de feuilles en détresse

    Nous entraîne. Les cieux ont le regret du jour

    Dans leur dernier regard. Errons, ô ma maîtresse!

    Tristes d'avoir perdu le désir de l'amour.

     

    L'onde emporte, parmi les feuilles en détresse,

    Nos rêves sans audace et nos faibles soupirs.

    Oublions ce déclin de l'heure, ô ma maîtresse!

    Et rallumons en nous les fervents souvenirs...

     

    Renée Vivien


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                                    ... S'il fut permis à Psappha de Lesbôs

                                    de demander dans ses prières "que la nuit

                                    fût doublée pour elle", qu'à mon tour j'ose

                                    implorer une faveur pareille...

                                                                                    Libanios.

     

    Prolonge la nuit, Déesse qui nous brûles!

    Eloigne de nous l'aube aux sandales d'or!

    Déjà, sur la mer, les premiers crépuscules

                     Ont pris leur essor.

     

    Garde-nous pourtant, dormantes sous tes voiles,

    Ayant oublié la cruauté du jour!

    Que le vin de l'ombre et le vin des étoiles

                     Nous comblent d'amour!

     

    Puisque nul ne sait quelle aurore se lève

    Apportant le gris avenir dans ses mains,

    Nous tremblons devant le grand jour, notre rêve

                     Craint les lendemains.

     

    Ah! gardant la main sur nos paupières closes,

    Rappelons en vain la douceur qui nous fuit!

    Déesse à qui plaît la ruine des roses,

                     Prolonge la nuit!

     

    Renée Vivien


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    Les arbres ont gardé du soleil dans leurs branches.

    Voilé comme une femme, évoquant l'autrefois,

    Le crépuscule passe en pleurant... Et mes doigts

    Suivent en frémissant la ligne de tes hanches.

     

    Mes doigts ingénieux s'attardent aux frissons

    De ta chair sous la robe aux douceurs de pétale...

    L'art du toucher, complexe et curieux, égale

    Le rêve des parfums, le miracle des sons.

     

    Je suis avec lenteur le contour de tes hanches,

    Tes épaules, ton col, tes seins inapaisés.

    Mon désir délicat se refuse aux baisers:

    Il effleure et se pâme en des voluptés blanches.

     

    Renée Vivien


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