Hommage à Renée Vivien
Telle une douce pomme rougit à l'extrémité
de la branche, à l'extrémité lointaine: les
cueilleurs de fruits l'ont oubliée ou, plutôt,
ils ne l'ont pas oubliée, mais ils n'ont pu
l"atteindre.
Ainsi qu'une pomme aux chairs d'or se balance,
Parmi la verdure et les eaux du verger,
A l'extrémité de l'arbre où se cadence
Un frisson léger,
Ainsi qu'une pomme, au gré changeant des brises,
Se balance et rit dans les soirs frémissants,
Tu t'épanouis, raillant les convoitises
Vaines des passants.
La savante ardeur de l'automne recèle
Dans ta nudité les ambres et les ors.
Tu gardes, ô vierge inaccessible et belle,
Le fruit de ton corps.
Renée Vivien