Hommage à Renée Vivien
Doux fut ce labeur d'Erinna...
Le couchant rougit, de son faste
Cruel, ton bleu péplos,
Qui, dans ses plis, a l'ampleur chaste
Et simple du Paros,
Et tes cheveux de Néréide,
Dont Psappha chantait l'or fluide,
Tremblent sous le vent qui les ride,
Eranna de Télos.
Les nefs aux frissons de fantômes
Dardent leurs mâts pointus;
Les aromates et les baumes
Concentrent leurs vertus;
Tandis que s'empourpre la plaine,
Pâle, tu suspends ton haleine,
Et tes yeux cherchent Mytilène
Dont les choeurs se sont tus.
Au delà des rouges collines
S'irisent les embruns:
Tu souris aux mains enfantines
Que baignent les parfums,
Aux mains qui, par les soirs d'opales,
Gravaient ces lettres musicales,
Gazouillant comme les cigales
Ivres de verts parfums.
Les pipeaux qu'un satyre affûte
S'argentent, et le bruit
D'eaux et de feuilles de la flûte
Susurre et coule et fuit.
Ton âme d'amoureuse écoute
Les voix errantes sur la route,
Et, prophétique, elle redoute
L'approche de la nuit.
Renée Vivien