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Hommage à Renée Vivien

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La Conque

 

 

Passant, je me souviens du crépuscule vert

Où glissent lentement les ombres sous-marines,

Où les algues, offrant leur calice entr'ouvert,

Etreignent de leurs bras fluides les ruines

Des vaisseaux autrefois pesants d'ivoire et d'or.

Je me souviens de l'ombre où la nacre s'irise,

Où dorment les anneaux, étincelants encor,

Que donnaient à la mer ses époux de Venise.

Passant, je me souviens du patient travail

De ces vivants jardins aux plantes animales,

Et, parmi tant de fleurs, du vivace corail,

Dont l'heure et le courant disposent les pétales,

Rose animale et rouge éclose dans la nuit.

Je me souviens d'avoir bu l'odeur de la brume

Et d'avoir admiré le sillage qui fuit

En laissant sur les flots une neige d'écume.

Je voyais chaque soir, parmi l'azur changeant

Des vagues, refleurir les astres du phosphore.

Mon lit d'amour était le doux sable d'argent.

J'ai vu s'épanouir le nombreux madrépore

Qui bâtissait parmi de gris lambeaux empreints

De sel... Ce furent les bannières déployées.

J'ai pleuré les beaux yeux et les cheveux éteints

Et les membres meurtris des amantes noyées

Gardant encore au bras un bracelet de fer.

Dans mon coeur chante encor la musique illusoire

De l'Océan. Je garde en ma frêle mémoire

Le murmure et l'haleine et l'âme de la mer.

 

Renée Vivien

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