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Hommage à Renée Vivien

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Les Noyées

 

 

Voici l'heure de brume où flottent les noyées,

Comme des nénuphars aux pétales flétris.

Leurs robes ont l'ampleur des voiles déployées

Qui ne connaîtront plus la douceur des abris.

 

D'étranges fleurs de mer étrangement parées,

Elles ont de longs bras de pieuvres, et leur corps

Se meut selon le rythme indolent des marées;

Les remous de la vague animent leurs yeux morts.

 

Semblable aux algues d'ambre et d'or, leur chevelure

Fluide se répand en délicats réseaux,

Et leur âme est pareille aux conques où murmure

L'harmonie indécise et mouvante des eaux.

 

Elles aiment les nuits d'agonie et d'orage

Dont l'haleine engloutit les vaisseaux, et celui

Qui va mourir les voit à l'heure du naufrage,

Quand le dernier rayon de lune s'est enfui.

 

Elles tendent leurs mains fébriles d'amoureuses,

Elles tendent leurs mains en un geste d'appel,

Et leur lit nuptial aux profondeurs heureuses

S'entr'ouvre, parfumé d'un clair parfum de sel.

 

Elles aiment les nuits où persistent encore

L'ivresse et la langueur du jour, les nuits d'été

Brûlantes de senteurs, d'astres et de phosphore,

Où le rêve s'enfuit vers l'âpre volupté,

 

Où Psappha de Lesbôs, leur pâle souveraine,

Chante l'Aphrodita qui corrompt les baisers

Et qui mêle au désir la stupeur et la haine

L'Aphrodita qui vient des flots inapaisés,

 

L'Aphrodita puissante, aux colères divines,

Dont elle apprit jadis les solennels accents,

L'insatiable amour des lèvres féminines,

Des seins nus et des corps vierges et frémissants...

 

Renée Vivien

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