Hommage à Renée Vivien
O soir, toi qui ramènes tout ce que le lumineux
matin a dispersé, tu ramènes la brebis, tu
ramènes la chèvre...
Psappha.
D'un geste très doux qui rassemble et ramène
Les brebis le long des chemins traversés,
L'ombre réunit les troupeaux dispersés,
Là-bas, dans la plaine.
Ceux que le matin aux mille voix a fait
Errer vers la grève où le flot clair palpite
Reviennent à pas lents et sûrs vers le gîte
Où l'on dort en paix.
Auprès du foyer où se tordent les flammes,
Le soir s'est assis comme un hôte lassé...
Ah! que ne peut-il, au delà du passé,
Réunir les âmes!
J'évoque ton front virginal et ta voix,
Eranna; tes yeux, Gurinnô triste et tendre;
Tes cheveux, Gorgô; tes seins, Atthis... la cendre
Des nuits d'autrefois.
Tu sais ramener les brebis et les chèvres,
O soir vigilant! Mais sauras-tu jamais
Me ramener vers la femme que j'aimais,
Vers ses douces lèvres?
Que de souvenirs à la chute du jour!
Et moi, dont les pieds errent depuis l'aurore,
Comment ai-je pu garder vivant encore
L'amour de l'amour?
Renée Vivien