Hommage à Renée Vivien
De tout ce que j'ai vu de mes deux yeux ravis
Que demeurera-t-il sur les photographies?
Là, dans notre jardin simplement merveilleux,
Qui détient le souvenir de nos jours heureux,
Vêtue de ta splendide robe de dentelles,
Protégée du soleil de dessous une ombrelle,
Tu t'avances vers moi, souriante, à pas lents,
Tandis que je t'attends, assise sur un banc.
Alors que tu ne seras plus qu'à quelques pas,
Je me lèverai pour te reprendre le bras.
Ainsi, nous marcherons, lentement, côte à côte,
Et tu prendras grand soin, je le sais, de ton hôte.
Nous parlerons longtemps toutes deux à mi-voix,
Profitant du présent, comme en nos autrefois,
Et jusqu'à ce que le crépuscule survienne.
Tu me diras, en prenant ma main dans la tienne,
"Viens, suis-moi car la nuit est à nous, ma Douceur,
Seules, nous serons bien aussi à l'intérieur..."
Et tu m'allumeras un feu de cheminée,
Puis reviendras vers moi. L'une à l'autre collées,
Tes belles mains me toucheront un peu partout,
Je sentirai enfin tes lèvres dans mon cou
Pour achever leur cheminement sur mes lèvres,
Histoire de faire un peu plus monter ma fièvre.
A l'abris des regards, derrière les volets,
Je te donnerai tout, tout ce que tu voulais...
Loin de ce monde qui ne tourne pas bien rond,
Toi et moi, ensemble, nous nous envolerons...
Et tu verras que, sans avoir les bras tendus,
Il est pourtant possible de toucher les nues...
L.