Hommage à Renée Vivien
Paré d'aigue-marine et d'onyx et d'opale,
Le soir prestigieux sourit bizarrement,
Et, goûtant à demi la saveur du moment,
Nous regrettons tout bas une joie idéale.
Le couchant qui blêmit et rougit tour à tour,
La campagne morbide et l'heure de tristesse
Semblent nous reprocher d'avoir, ô ma Maîtresse,
Accompli sans désir les gestes de l'amour.
Vois là-bas, tel un vol de blanches Valkyries,
Les nuages suivant leurs chemins inconnus...
Les grappes de glycine encadrent tes bras nus
Et baignent de parfums tes paupières meurtries.
Ton regard sans lueurs paraît agoniser...
Une phalène, errant dans le jardin, se pose
Sur la fleur du sorbier, d'un or pâlement rose
Comme la fleur secrète où j'ai mis mon baiser...
Renée Vivien