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Hommage à Renée Vivien

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Ode à la Force

 

Fille de l'Arès, Constance belle et rude,

Tes yeux, où l'effroi du passé brûle encor,

Sont pareils aux yeux noirs de la solitude

                Sous ton réseau d'or.

 

Dans un ciel massif tu demeures, mortelle,

L'Infini dans tes regards extasiés,

Que Sélanna règne ou que Phoibos attelle

                Ses fougueux coursiers.

 

Un pâle troupeau d'âmes crépusculaires,

Réprimant les pleurs et les lâches sanglots,

T'obéit, ô toi qui brise les colères

                Lascives des flots.

 

Tu vois sans terreur la tempête qui fume

Et le sang futur empourprer le Levant,

Toi qui sais dompter le tonnerre et l'écume

                Et le cri du vent.

 

Le Temps détruira les Dieux, mais le Temps même

Ne changera pas ton sourire d'airain:

Tu sais opposer à l'Ananké suprême

                Ton mépris serein.

 

O toi l'Invaincue, ô toi l'Inaccessible,

Tes paupières ont le doux pli de la mort;

Tu sembles rêver, telle en son lit paisible

                La vierge qui dort.

 

Tes tempes sans fleurs ont dédaigné la palme.

Le couchant a moins de paix que ton orgueil,

Et le rocher moins de grandeur et de calme

                Que ton grave seuil.

 

Semblable à la nuit où s'éteignent les flammes

Et les roux éclairs de l'astre révolté,

Enseigne aux héros l'endurance des femmes

                Et leur loyauté.

 

Renée Vivien

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