Hommage à Renée Vivien
Mirage de la mer sous la lune, ô l'Amour! Toi qui déçois, toi qui parais pour disparaître Et pour mentir et pour mourir et pour renaître, Toi qui crains le regard juste et sage du jour! Toi qu'on nourrit de songe et de mélancolie, Inexplicable autant...
L'adorable repos, les brèves accalmies, Vous seules me les donnâtes, ô mes amies! Voyant paraître enfin la lune à l'arc d'argent, Je me repose et me désennuie, en songeant... Vous fûtes la douceur de mes heures mauvaises, Le baume oriental qui trompe...
Mon vieil ami le vent, entre dans ma demeure Et joint ta voix à ma voix lamentable et pleure... Pleurons le jour, pleurons le soir, pleurons la nuit. Pleurons avec la voix des femmes malheureuses Sur la jeunesse morte et sur l'amour qui fuit Malgré les...
I Sur le Mode majeur Je sens croître l'ennui des livres vieux et sages. Donnez-moi, donnez-moi des mâts et des cordages! Je ris en jetant l'ancre! Au hasard du vent fou, Du flot capricieux, j'irai je ne sais où. Mon corps est moins pesant et mon âme s'allège,...
Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde, Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix. L'harmonie et le songe et la douleur profonde Frémissent longuement sur le bout de mes doigts. Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles, Je...
Parmi les thyms chauffés et leur bonne senteur Et le bourdonnement d'abeilles inquiètes, J'élève un autel d'or à la bonne Lenteur Amie et protectrice auguste des poètes. Elle enseigne l'oubli des heures et des jours Et donne, avec le doux mépris de ce...
Dans l'air la merveilleuse odeur de violettes, Nos doigts entrelacés et nos lèvres muettes. Les rosiers roux ont la couleur de tes cheveux Et nos coeurs sont pareils... Je veux ce que tu veux. Tout le jardin autour de nous, ma bien-aimée, Et la brise...
J'admirais autrefois les splendides vainqueurs Vers qui monte la flamme extatique des coeurs. Mais je n'aime aujourd'hui que les vaincus très calmes Dont le sang fier ternit la verdure des palmes. Moi qui compte à pas lents le chemin du retour, J'aimais...
PERSONNAGES Psappha. - Eranna. - l'Etrangère. - Atthis. - Dika. Damophyla. CHOEUR DES VIERGES Gurinnô. - Gorgô. - Euneika. - Mégara. - Anagora. Télésippa. Un verger de Mytilène, vers la fin d'un après-midi d'été. Les vignes, chargées de grappes, se déroulent...
"Je ne veux que le sourire de ta bouche..." Dis, que veux-tu de moi qui t'aime, ô mon souci! Et comment retenir ton caprice de femme? Prends mes anneaux...Prends mes colliers...Et prends aussi Ce que j'ai de plus rare et de plus beau: mon âme. Si mon...
Dans l'Hadès souterrain où la nuit est parfaite Te souviens-tu de l'île odorante, ô Psappha? Du verger où l'élan des lyres triompha, Et des pommiers fleuris où la brise s'arrête? Toi qui fut à la fois l'amoureuse et l'amant, Te souviens-tu d'Atthis, parmi...
Dans mon âme a fleuri le miracle des roses. Pour le mettre à l'abri, tenons les portes closes. Je défends mon bonheur, comme on fait des trésors, Contre les regards durs et les bruits du dehors. Les rideaux sont tirés sur l'odorant silence, Où l'heure...
Le repentir songeur n'use plus leurs genoux. Parmi les champs malsains et les villes malades Elles dansent, ainsi que de noires Ménades. Parfois le vent du soir éteint leurs cierges roux. Elles ont coupé leurs chevelures altières; Le cilice a mordu leurs...
Je t'adore, Dieu pauvre entre les Immortels, Et j'ai tressé pour toi ces roses purpurines, Parce que tu n'as point de temples ni d'autels, Et que nul tiède encens ne flatte tes narines. Nul ne te craint et nul n'implore ta bonté... Ceux qui t'honorent...
Voici l'heure amoureuse où chante la Sirène... Les souvenirs sont des grappes que l'on égrène. Le silence est pareil à l'écho d'une voix, Et je me tourne, avec les regards d'autrefois, Vers celle qu'aujourd'hui mon baiser importune, Celle qui fut ma Loreley,...
Le jardin et le calme et la lumière basse, Et tous mes souvenirs qui pleurent vers le soir... La douceur d'être seule et triste et de m'asseoir Dans l'ombre, de ne plus sourire et d'être lasse... Parmi les frondaisons rôdent d'anciens soupirs, Et le bonheur...
Cette nuit, des oiseaux ont chanté dans mon coeur... C'était la bonne fin de l'ancienne rancoeur... J'écoutais ces oiseaux qui chantaient dans mon coeur. Dans ma grande douleur, la nuit me fut clémente Et tendre autant que peut se montrer une amante....
Ta présence me donne une heure de jeunesse. Il semble que mon mal se ralentit, puis cesse, Car c'est toi mon bonheur et c'est toi ma jeunesse! O parfum de ta robe! O fraîcheur de ton front! Jamais les cruels temps futurs n'obscurciront Cette douce clarté...
Dans la pourpre et dans l'or d'un silence hautain, J'entends sonner ici l'heure de mon destin. Sa lamentation traverse la lumière, Elle sonne en pleurant, exacte et régulière. Avec la voix des sorts qui ne pardonnent pas, Elle annonce, elle dit et redit:...
Mon éternel amour, te voici revenue. Voici, contre ma chair, ta chair brûlante et nue. Et je t'aime, et j'ai tout pardonné, tout compris; Tu m'as enfin rendu ce que tu m'avais pris. Je puis enfin dormir, dans l'ombre de ta couche, Puisque j'ai reconquis...
Voici l'été... Les jours sont trop longs, mon amie, L'ombre tarde... On attend l'heure du grand repos, Des lys plus odorants, de la cloche endormie, De la grande fraîcheur des feuilles et des eaux. Je m'attriste de la clarté qui se prolonge. Mon coeur...
Fane-toi, beau jardin dont j'aimais les odeurs, Où s'attardaient, plaintifs et las, les vents rôdeurs. Que périssent demain tes miels et tes odeurs! Et que d'infâmes vers rongent le coeur des roses! Que penchent les pavots et les pivoines closes! O jardin,...
En cette chambre où meurt un souvenir d'aveux, L'odeur de nos jasmins d'hier s'est égarée... Pour toi seule je me suis vêtue et parée, Et pour toi seule j'ai dénoué mes cheveux. J'ai choisi des joyaux... Ont-ils l'heur de te plaire? Dans mon coeur anxieux...
A Madame M... Le soir s'est refermé, telle une sombre porte, Sur mes ravissements, sur mes élans d'hier... Je t'évoque, ô splendide! ô fille de la mer! Et je viens te pleurer, comme on pleure une morte. L'air des bleus horizons ne gonfle plus tes seins,...
Le ciel l'encadre ainsi que ferait une châsse, Et je vivrais cent ans sans jamais la revoir. Elle est soudaine: elle est le miracle du soir. L'instant religieux brille et tinte. Elle passe... Je suis venue avec la foule des lépreux Dès l'aurore, ayant...