Hommage à Renée Vivien
Sachant combien son âme avait déjà souffert, J'entendais ses sanglots qui déchiraient l'éther... Je ne veux accuser personne, ni les Dieux Auxquels je demande pardon mais, à mes yeux, Il fallait mettre un terme à toutes ces souffrances. Pour elle, je...
Vous n'avez point voulu m'écouter... Mais qu'importe? O vous dont le courroux vertueux s'échauffa Lorsque j'osai venir frapper à votre porte, Vous ne cueillerez point les roses de Psappha. Vous ne verrez jamais les jardins et les berges Où résonna l'accord...
Je t'ai gardée, auprès de moi, toute une nuit... Et maintenant retourne à la mer, ma Sirène! Vers la mer, tour à tour menaçante ou sereine, Car ton front se détourne et mon regard te fuit... Retourne à cette mer toujours renouvelée, Vers laquelle en secret...
En ce jour, je ne me souviens de presque rien, Mais saches que lorsque la question fut posée Je me souvenais bien, et sans nul doute aucun De tout ce qui fut nous, de tout notre passé. Près de toi j'étais là, ô ma toute charmante, Le Léthé ne m'a pas...
Je te vis cueillir le fenouil et le thym Et la fleur du vent, la légère anémone, O vierge! et je vis ton sourire enfantin Où l'aube frissonne. Mon corps vigoureux comme un jeune arbrisseau Frôla longuement ta chair tendre et brisée... Tu levas sur moi...
APPEL En proie à l'existence, à ce mal très cruel, Je lance à l'infini mon douloureux appel... A cette heure terrible et trouble de silence Je ressens tout le mal aigu... Le soir encense... Que dans ce crépuscule où s'enlise l'effroi Quelqu'une vienne...
Tes yeux reflètent le bien-être et la tendresse, Ton visage est exactement celui d'un ange; Ta voix d'une essence divine de déesse Viens parfois me bercer dans des rêves étranges Où tu viens m'enivrer de toute ta tendresse. Et tes mains, d'où pourrait...
Ton âme, c'est la chose exquise et parfumée Qui s'ouvre avec lenteur, en silence, en tremblant, Et qui, pleine d'amour, s'étonne d'être aimée. Ton âme, c'est le lys, le lys divin et blanc. Comme un souffle des bois remplis de violettes, Ton souffle rafraîchit...
Elle vient me rejoindre à l'approche du soir Et, discrète, elle attend que je m'en aperçoive. Elle éclaire ma vie d'un bienfaisant espoir... Rêvant secrètement d'entendre sa voix suave, J'attends ce moment où je pourrai la revoir. Elle est, comment vous...
Viens, nous pénétrerons le secret du flot clair, Et je t'adorerai, comme un noyé la mer. Les crabes dont la faim se repaît de chair morte Nous ferons avec joie une amicale escorte. Reine, je t'élevai ce palais qui reluit, Du débris d'un vaisseau naufragé...
J'ai vu dans ton front bas le charme du serpent. Tes lèvres ont humé le sang d'une blessure, Et quelque chose en moi s'écoeure et se repent Lorsque ton froid baiser me darde sa morsure. Un regard de vipère est dans tes yeux mi-clos, Et ta tête furtive...
On voit errer au loin les yeux d'or des lionnes... L'Artemis, à qui plait l'orgueil des célibats, Qui sourit aux fronts purs sous les pures couronnes, Contemple cependant sans colère, là-bas, S'accomplir dans la nuit l'hymen des Amazones, Fier, et semblable...
Ecoutez... Celles-là sont les Musiciennes. Leur présence est pareille à l'écho d'une voix, Et leur souffle est dans l'air plein de légers émois, Plein de très lents accords aux langueurs lesbiennes. Et les voici passer, formes aériennes, Se mêlant au...
Tu m'appelles sans cesse à un tendre retour, Aussitôt j'accourre mon âme, douce amie, Et pouvoir faire tout ce que tu me mendies Est mon plus grand désir ô ma petite Amour. Mais malheureusement, saches que je ne puis Me matérialiser aussi facilement,...
Si le Seigneur penchait son front sur mon trépas, Je lui dirais: " O Christ, je ne te connais pas. " Seigneur, ta stricte loi ne fut jamais la mienne, Et je vécus ainsi qu'une simple païenne. " Vois l'ingénuité de mon cœur pauvre et nu. Je ne te connais...
"Lo giorno se n'andava, e l'aer bruno Toglieva gli animai che sono in terra Dalle fatiche loro..." Dante, Inferno, canto secondo Le soir, désaltérant la soif de la campagne, Coule, froidement vert comme un fleuve du Nord, Et voici que descend l'odeur...
... S'il fut permis à Psappha de Lesbôs de demander dans ses prières "que la nuit fût doublée pour elle", qu'à mon tour j'ose implorer une faveur pareille... Libanios. Prolonge la nuit, Déesse qui nous brûles! Eloigne de nous l'aube aux sandales d'or!...
Ta voix a la langueur des lyres lesbiennes, L'anxiété des chants et des odes saphiques, Et tu sais le secret d'accablantes musiques Où pleure le soupir d'unions anciennes. Les Aèdes fervents et les Musiciennes T'enseignèrent l'ampleur des strophes érotiques...
Elle vend aux passants ses larmes mercenaires, Comme d'autres l'encens et l'odeur des baisers. L'amour ne brûle plus dans ses yeux apaisés Et sa robe a le pli rigide des suaires. Son deuil impartial, à l'heure des sommeils, Gémit sur les anciens aux paupières...
Viens et emporte-moi comme une enfant fragile... Eloignons-nous enfin de cette terre hostile, Où le mal, dans le moindre coin d'ombre, se cache Et où les femmes n'ont le droit qu'aux basses tâches. Nous oublierons l'horreur, loin de ce monde infâme Qui...
Paré d'aigue-marine et d'onyx et d'opale, Le soir prestigieux sourit bizarrement, Et, goûtant à demi la saveur du moment, Nous regrettons tout bas une joie idéale. Le couchant qui blêmit et rougit tour à tour, La campagne morbide et l'heure de tristesse...
C'est l'heure du réveil... Soulève tes paupières... Au loin la luciole aiguise ses lumières, Et le blême asphodèle a des souffles d'amour. La nuit vient: hâte-toi, mon étrange compagne, Car la lune a verdi le bleu de la montagne, Car la nuit est à nous...
L'été brûle, la voix des fleuves se lamente, La voix des sources pleure, et la voix des torrents Gémit, car le soleil boit les flots transparents Et tarit la fraîcheur, de sa bouche fervente. Le voile virginal des neiges sur les monts Se déchire, et,...
A Ah! si tu pouvais prendre ma main dans la tienne Pour m'emmener ce soir dans notre Grèce antique, Que je me souvienne des moments fantastiques Que nous avions jadis passés à Mytilène! B C'est promis, je viendrai te chercher et, ensemble Nous irons pour...
Des parfums de cytise ont amolli la brise Et l'on s'attriste, errant sous le ciel transparent... Le soleil agonise... Et voici l'heure exquise... Dans le soir odorant, l'on s'attarde en pleurant... Tu reviens, frêle et rousse, ô ma belle! ô ma douce!......