Hommage à Renée Vivien
Non! par les soirs futurs de roses et de flammes, Mystérieux ainsi que les temples hindous, Nul ne saura mon nom et nulle d'entre vous Ne redira mes vers, ô belles jeunes femmes! Nulle de vous n'aura le caprice charmant De regretter l'amour d'une impossible...
Viens, Déesse de Kupros, et verse délicatement dans les coupes d'or le nektar mêlé de joies. Psappha. Mon orgueil n'a connu que le blâme et l'affront, Et l'impossible gloire au loin rit et chatoie... Puisque le noir laurier ne ceindra point mon front,...
Les heures ont éteint le feu de mes vertèbres, Et leur morne lourdeur a pesé sur mon front... Voici que les lointains trop clairs s'attendriront Et la nuit m'ouvrira son jardin de ténèbres. Solitaire, tandis que le temps coule et fuit, Je cueillerai les...
Lasse comme les flots, lasse comme les voiles, J'entre dans le doux port plein d'embruns et d'étoiles. Depuis des temps j'ai vu les plus divins climats Et je dors en ce havre où sommeillent des mâts. Mon esprit s'est tourné vers des rêves plus sages,...
De la nuit chaotique un cri d'horreur s'exhale. Venez, nous errerons tous trois sous la rafale... Les gouffres lanceront vers nous leurs noirs appels. Nous passerons, ô mes compagnons éternels! L'éclair nous épouvante et la nuit nous désole... O vieux...
L'ombre nous semble une ennemie en embuscade... Viens, je t'emporterai comme une enfant malade, Comme une enfant plaintive et craintive et malade. Entre mes bras nerveux j'étreins ton corps léger. Tu verras que je sais guérir et protéger, Et que mes bras...
Je t'aime de mon oeil unique, je te lorgne Ainsi qu'un chinois l'opium: Je t'aime de mon amour borgne, Fille aussi blanche qu'un arum. Je veux tes paupières de bistre, Et ta voix plus lente qu'un sistre; Je t'aime de mon oeil sinistre Où luit la colère...
Et, ayant ri aux éclats, tourne-toi vers moi et dis-moi une parole amicale. Je suis Rhinthon de Syracuse, chétif rossignol des Muses, mais des bouffonneries tragiques nous avons cueilli notre lierre personnel. J'ai ployé sous le poids accablant de la...
Il est, au coeur de la vallée, un étang que l'on nomme l'Etang Mystérieux. Je connais un étang qui somnole, blêmi Par l'aube blême et par le clair de lune ami. Un iris y fleurit, hardi comme une lance, Et le songe de l'eau s'y marie au silence. Aucun...
La lune se levait autrefois sur Lesbos Sur le verger nocturne où veillaient les amantes. L'amour rassasié montait des eaux dormantes Et sanglotait au coeur profond du sarbitos. Psappha ceignait son front d'augustes violettes Et célébrait l'Erôs qui s'abat...
Jamais plus, réjoui des ondes propres à la navigation, je ne lancerai mon cou, bondissant du fond de l'eau, ni je ne soufflerai avec force de mes belles lèvres le long des tolets du navire, charmé de mon torse. Mais la fraîcheur empourprée de la mer m'a...
Le couchant répandra la neige des opales, Et l'air sera chargé d'odeurs orientales. Les caïques furtifs jetteront leur éclair De poissons argentins qui traversent la mer. Ce sera le hasard qu'on aime et qu'on redoute... A pas lents, mon destin marchera...
Je t'aime et te salue, ô mon ami le vent Qui rôdes à travers les champs gras où l'on sème, Et qui vient te pencher sur la mer, en buvant Les flots dont l'âcreté ravive ta soif blême... Rien ne saurait combler le vide de mes bras, Et mes jours impuissants...
J'abandonne à la vérité la lumière très belle du soleil, ensuite les astres brillants et le visage de la lune, et aussi les concombres de la saison et les pommes et les poires. Je quitte en gémissant la lumière très belle Du soleil, et la grotte où l'azur...
Voici l'heure où le mort goûte aux festins funèbres, Et je t'ai préparé, comme hier, le repas. Grâce aux flammes, grâce aux lampes, on ne sent pas L'enveloppement fin et serré des ténèbres. Voici mes voiles verts, voici mon front paré Des joyaux et des...
Le monde est un jardin de plaisir et de mort, Où l'ombre sous les bleus feuillages semble attendre, Où la rose s'effeuille avec un bruit de cendre, Où le parfum des lys est volontaire et fort. Parmi les lys nouveaux et les roses suprêmes, Nous mêlons...
Kallô, ayant dessiné une image sur cette planche, l'a offerte à la demeure de la blonde Aphrodita, que cette image représente. Combien elle est doucement figurée! Vois comme y fleurit la grâce! Réjouis-toi: car elle n'a aucun reproche dans sa vie. La...
O toi qui jettes un beau regard à travers les fenêtres, vierge par la tête, femme par en bas... O toi qui savamment jettes un beau regard, Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres, Je te vis sur la route où j'errais au hasard Des parfums et de l'heure...
Il a paru qu'Aphrodite avait reçu avec joie, en offrande, ce réseau de cheveux de Samytha. Car il est ingénieusement travaillé, et a une douce odeur de nektar, de ce (nektar) dont elle oint aussi le bel Adonis. Dans l'ombre, d'où l'autel paré de flamme...
Etranger, si tu navigues vers Mytilène aux beaux choeurs pour y cueillir la fleur des grâces de Sappho, dis-lui qu'une femme de Locres, chère aux Muses et à elle aussi, enfanta d'autres (chants) pareils et que mon nom est Nossis. Va. Etrangère aux yeux...
Reste ici, homicide (lance) de bois de cornouiller, et ne répands plus le triste meurtre des ennemis autour de ton ongle d'airain: mais fixée dans la haute demeure en marbre de l'Athéna, dis la bravoure du Crétois Echécratidas. Quittant l'air troublé...
Rien n'est plus doux qu'Erôs, et tout ce qui est heureux vient après. J'ai craché de ma bouche même le miel. Et voici ce que dit Nossis: Celle que Kupris n'a point aimée ne sait pas quelles fleurs sont les roses. Vierges et femmes, rien n'est plus doux...
Elle est reconnaissable même ici. Voyez: de Sabaithis c'est l'image par le corps et l'âme magnanime. Regarde cette sérénité; je crois voir aussi sa douceur. Réjouis-toi beaucoup, femme heureuse. Ceux qui ne l'ont point vue admirent Sabaithis. Lointaine,...
Quittons la léthargie heureuse des maisons, Le carmin des rosiers et le parfum des pommes Et les vergers où meurt l'ondoiement des saisons, Car nous ne sommes plus de la race des hommes. Nous irons sous les ifs où s'attarde la nuit, Où le souffle des...
L'aube, dont le glaive reluit, Venge, comme une blanche Electre, La fiévreuse aux regards de spectre, Dupe et victime de la nuit... Vers l'horreur des étoiles noires Montent les funèbres accords... Sur la rigidité des morts Veillent les lys expiatoires....