Hommage à Renée Vivien
L'onde charrie au loin les feuilles en détresse Et qui flottent au fil du courant. L'air est doux. Allons à la dérive, errons, ô ma maîtresse! Languissamment, au gré du fleuve ardent et roux. Le fleuve ensanglanté de feuilles en détresse Nous entraîne....
Ceux-là dont les manteaux ont des plis de linceuls Goûtent la volupté divine d'être seuls. Leur sagesse a pitié de l'ivresse des couples, De l'étreinte des mains, des pas aux rythmes souples. Ceux dont le front se cache en l'ombre des linceuls Savent...
Dans l'azur de l'avril, dans le gris de l'automne, Les arbres ont un charme inquiet et mouvant. Le peuplier se ploie et se tord sous le vent, Pareil aux corps de femme où le désir frissonne. Sa grâce a des langueurs de chair qui s'abandonne, Son feuillage...
Tendre à qui te lapide et mortelle à qui t'aime, Tu fais de l'attitude un règne de poème, O femme dont la grâce enfantine et suprême Triomphe dans la fange et les pleurs et le sang! Tu n'aimes que la main qui meurtrit ta faiblesse, La parole qui trompe...
Le charme de tes yeux sans couleur ni lumière Me prend étrangement; il se fait triste et tard, Et, perdu sous le pli de ta pâle paupière, Dans l'ombre de tes cils sommeille ton regard. J'interroge longtemps tes stagnantes prunelles. Elles ont le néant...
Les remous de la mer miroitaient dans ta robe. Ton corps semblait le flot traître qui se dérobe. Tu m'attirais vers toi comme l'abîme et l'eau; Tes souples mains avaient le charme du réseau, Et tes vagues cheveux flottaient sur ta poitrine, Fluides et...
La lumière agonise et meurt à tes genoux. Viens, ô toi dont le front impénétrable et doux Porte l'accablement des pesantes années: Douloureuse et les traits mortellement pâlis, Viens, sans autre parfum dans ta robe à longs plis Que le souffle des fleurs...
Le jour ne perce plus de flèches arrogantes Les bois émerveillés de la beauté des nuits, Et c'est l'heure troublée où dansent les Bacchantes Parmi l'accablement des rythmes alanguis. Leurs cheveux emmêlés pleurent le sang des vignes, Leurs pieds vifs...
Ils me disent, tandis que je sanglote encore: "Dans l'ombre du sépulcre où sa grâce pâlit, Elle goûte la paix passagère du lit, Les ténèbres au front, et dans les yeux l'aurore. "Mais elle a la splendeur de l'Esprit délivré, Rêve, haleine, harmonie, éclat,...
"I've been a ranger" J. Keats Tu gardes dans tes yeux la volupté des nuits, O joie inespérée au fond des solitudes! Ton baiser est pareil à la saveur des fruits Et ta voix fait songer aux merveilleux préludes Murmurés par la mer à la beauté des nuits....
La lune s'est couchée, ainsi que les Pléiades; il est minuit, l'heure passe, et je dors solitaire. Psappha. L'ombre se drapait en des voiles de veuves, La mer aspirait le sang tiède des fleuves, L'Aphrodita blonde au regard décevant Riait en rêvant. J'entendis...
Tes cheveux aux blonds verts s'imprègnent d'émeraude Sous le ciel pareil aux feuillages clairs. L'odeur des pavots se répand et rôde Ainsi qu'un soupir mourant dans les airs. Les yeux attachés sur ton fin sourire, J'admire son art et sa cruauté, Mais...
Les yeux tournés sans fin vers les splendeurs éteintes, Nous évoquons l'effroi, l'angoisse et le tourment De te baisers, plus doux que le miel d'hyacinthes, Amante qui versas impérieusement, Comme on verse le nard et le baume et la myrrhe, Devant l'Aphrodita,...
Ta chevelure d'un blond rose A l'opulence du couchant, Ton silence semble une pause Adorable au milieu d'un chant. Et tu passes, ô Bien-Aimée, Dans le frémissement de l'air... Mon âme est toute parfumée Des roses blanches de ta chair. Lorsque tu lèves...
O forme que les mains ne sauraient retenir! Comme au ciel l'élusif arc-en-ciel s'évapore, Ton sourire, en fuyant, laisse plus vide encore Le coeur endolori d'un trop doux souvenir. Ton caprice lassé, comment le rajeunir, Afin qu'il refleurisse aux fraîcheurs...
L'art délicat du vice occupe tes loisirs, Et tu sais réveiller la chaleur des désirs Auxquels ton corps perfide et souple se dérobe. L'odeur du lit se mêle aux parfums de ta robe. Ton charme blond ressemble à la fadeur du miel. Tu n'aimes que le faux...
Donne-moi tes baisers amers comme des larmes, Le soir, quand les oiseaux s'attardent dans leurs vols. Nos longs accouplements sans amour ont les charmes Des rapines, l'attrait farouche des viols. Tes yeux ont reflété la splendeur de l'orage... Exhale...
Parle-moi, de ta voix pareille à l'eau courante, Lorsque s'est ralenti le souffle des aveux. Dis-moi des mots railleurs et cruels si tu veux, Mais berce-moi de ta mélopée enivrante. De ce timbre voilé qui m'attriste et m'enchante, Lorsque mon front s'égare...
Le plus important en quittant cette terre Sera de demander ta main à ta mère, Accompagnée, sous la lumière des cierges, Par le choeur des vierges. Tu viendras vers moi dans une robe blanche... Je contemplerai le galbe de tes hanches... Nos musiciens amis...
Dénoue enfin tes bras fiévreux, ô ma Maîtresse! Délivre-moi du joug de ton baiser amer, Et, loin de ton parfum dont l'impudeur m'oppresse, Laisse-moi respirer les souffles de la mer. Loin des langueurs du lit, de l'ombre et de l'alcôve, J'aspirerai le...
Elles ont des cheveux pâles comme la lune, Et leurs yeux sans amour s'ouvrent pâles et bleus, Leurs yeux que la couleur de l'aurore importune. Elles ont des regards pâles comme la lune, Qui semblent refléter les astres nébuleux. Leurs paupières d'argent,...
O Sommeil, ô Mort tiède, ô musique muette! Ton visage s'incline éternellement las, Et le songe fleurit à l'ombre de tes pas, Ainsi qu'une nocturne et sombre violette. Les parfums affaiblis et les astres décrus Revivent dans tes mains aux pâles transparences,...
L'Amazone sourit au dessus des ruines, Tandis que le soleil, las de luttes, s'endort. La volupté du meurtre a gonflé ses narines: Elle exulte, amoureuse étrange de la mort. Elle aime les amants qui lui donnent l'ivresse De leur fauve agonie et de leur...
Tes yeux bleus, à travers leurs paupières mi-closes, Recèlent la lueur des vagues trahisons. Le souffle violent et fourbe de ces roses M'enivre comme un vin où dorment les poisons... Vers l'heure où follement dansent les lucioles, L'heure où brille à...
Comment oublier le pli lourd De tes belles hanches sereines, L'ivoire de ta chair où court Un frémissement bleu de veines? N'as-tu pas senti qu'un moment, Ivre de ses angoisses vaines, Mon âme allait éperdument Vers tes chères lèvres lointaines? Et comment...