Hommage à Renée Vivien
Vous pour qui j'écrivis, ô belles jeunes femmes! Vous que, seules, j'aimais, relirez-vous mes vers Par les futurs matins neigeant sur l'univers, Et par les soirs futurs de roses et de flammes? Songerez-vous, parmi le désordre charmant De vos cheveux épars,...
L'aurore a traversé la salle du festin Traînant ses voiles gris parmi les roses mortes. Elle s'avance, elle entre, elle franchit les portes A pas lourds, à pas lents, tel un spectre hautain. Un rayon est tombé sur les torches éteintes. On voit enfin ces...
Tu veux savoir de moi le secret des sorcières? J'allumerai pour toi leurs nocturnes lumières, Et je t'apprendrai l'art très simple des sorcières. Les sorcières ne sont vivantes que la nuit. Elles dorment pendant le jour. Leur regard fuit, N'étant habitué...
Tu viendras, les yeux pleins du soir et de l'hier... Et ce sera par un beau couchant sur la mer. Frêle comme un berceau posé sur les flots lisses, Notre barque sera pleine d'ambre et d'épices. Les vents s'inclineront, soumis à mon vouloir. Je te dirai:...
Pendant longtemps, je fus clouée au pilori, Et des femmes, voyant que je souffrais, ont ri. Puis, des hommes ont pris dans leurs mains une boue Qui vint éclabousser mes tempes et ma joue. Les pleurs montaient en moi, houleux comme des flots, Mais mon...
La lampe des longs soirs projette un rayon d'ambre Sur les cadres dont elle estompe les vieux ors. L'heure de mon départ a sonné dans la chambre... La nuit est noire et je ne vois rien au dehors. Je ne reconnais plus le visage des choses Qui furent les...
Le couchant est semblable à la mort d'un poète... Ah! pesanteur des ans et des songes vécus! Ici, je goûte en paix l'heure de la défaite, Car le soir pitoyable est l'ami des vaincus. Mes vers n'ont pas atteint à la calme excellence, Je l'ai compris, et...
Une odeur fraîche, un bruit de musique étouffée Sous les feuilles, et c'est Viviane la fée. Elle imite, cachée en un fouillis de fleurs, Le rire suraigu des oiseaux persifleurs. Souveraine fantasque, elle s'attarde et rôde Dans la forêt, comme en un palais...
Sans amie et sans livre, errant au bord des eaux Que le soleil ranime et la lune caresse, Venise, je serai comme une Dogaresse Eprise du sommeil de tes mornes canaux. Je croirai voir passer les superbes cohortes Qui ne sont plus, assise en mon chagrin...
Protectrice de ce qui s'effare et qui fuit, Souveraine des bois, des sommets et des rives, Toi qui prêtes un songe illusoire aux captives Que le malheur inné de leur race poursuit, Toi dont le regard froid et mystique traduit Le pâle amour de nos âmes...
J'étais pareille à la voyageuse recrue, Lasse enfin des courants et des vents et du sort Et qui n'aspire plus qu'au bon sommeil du port... Miraculeusement vous m'êtes apparue... Et vous ressembliez à tout ce qui m'est cher, Aux jardins de juillet dans...
Les nuages flottants déroulaient leur écharpe Dans le ciel pur, de la couleur des fleurs de lin. J'étais fervente et jeune et j'avais une harpe. Le monde se parait, suave et féminin. Dans la forêt, des gris violets d'amarante Réjouissaient mes yeux large...
Quand, d'un geste, le soir fait taire La flûte et la syrinx, Tu sais embrumer de mystère Tes prunelles de lynx. Tandis que la ténèbre englobe Les plis fugitifs de ta robe, L'énigme prompte se dérobe Sur tes lèvres de sphinx. L'ombre fait vaciller la flamme...
J'ai puérilisé mon coeur dans l'innocence De notre amour, éveil de calice enchanté. Dans les jardins où se parfume le silence, Où le rire fêlé retrouve l'innocence, Ma Douce! je t'adore avec simplicité. Tes doigts se sont noués autour de mon coeur rude....
Si le Seigneur penchait son front sur mon trépas, Je lui dirais: "O Christ, je ne te connais pas. "Seigneur, ta stricte loi ne fut jamais la mienne, Et je vécus ainsi qu'une simple païenne. "Vois l'ingénuité de mon coeur pauvre et nu. Je ne te connais...
Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne, Et ma voile de soie et mon jardin de lys, Ma cassolette d'or et ma blanche colonne, Mon parc et mon étang de roseaux et d'iris. Vous êtes mes parfums d'ambre et de miel, ma palme, Mes feuillages, mes chants...
A Paule Riversdale, En souvenir d'une épigraphe de "l'Etre Double". Sweet for a little even to fear, and sweet, O love, to lay down fear at love's fair feet, Shall not some fiery memory of his breath Lie sweet on lips that touch the lips of death? Yet...
Des parfums de cytise ont amolli la brise Et l'on s'attriste, errant sous le ciel transparent... Le soleil agonise... Et voici l'heure exquise... Dans le soir odorant, l'on s'attarde en pleurant... Tu reviens, frêle et rousse, ô ma belle! ô ma douce!......
Viens, les heures d'amour sont furtives et rares... Le jardin matinal est plein d'oiseaux bizarres. Chère, je te convie à ce royal festin. Je ne veux pas jouir seule de ce matin. L'aube heurte le ciel comme une porte close. Viens boire la rosée au coeur...
Nul flot ne bouge, nul rameau ne se balance... Le gris se fait plus gris, le noir se fait plus noir, Et le chant des oiseaux ne vaut pas le silence... Où donc irai-je, avec mon coeur, par ce beau soir? Dans le ciel du couchant triomphal, les nuages Roulent,...
Ma Douce, entrons dans le jardin abandonné, Dans le jardin sauvage, exquis et funéraire Où l'autrefois se plaît à rôder, solitaire Et farouche, tel un vieux roi découronné. Entrons dans le jardin qu'un vent d'automne accable, Où le silence est lent comme...
Tu me comprends: je suis un être médiocre, Ni bon, ni très mauvais, paisible, un peu sournois. Je hais les lourds parfums et les éclats de voix, Et le gris m'est plus cher que l'écarlate ou l'ocre. J'aime le jour mourant qui s'éteint par degrés, Le feu,...
Vous n'avez point voulu m'écouter... Mais qu'importe? O vous dont le courroux vertueux s'échauffa Lorsque j'osai venir frapper à votre porte, Vous ne cueillerez point les roses de Psappha. Vous ne verrez jamais les jardins et les berges Où résonna l'accord...
Je t'aime d'être faible et câline en mes bras Et de chercher le sûr refuge de mes bras Ainsi qu'un berceau tiède où tu reposeras. Je t'aime d'être rousse et pareille à l'automne, Frêle image de la Déesse de l'automne Que le soleil couchant illumine et...
I Tel un arc triomphal, plein d'ocres et d'azurs, Les horizons du soir s'ouvrent larges et purs. Quand passerai-je, avec mes Victoires dans l'âme, Sous l'arc édifié pour celui qu'on acclame? L'arc mémorable et vaste enferme le couchant En sa courbe pareille...