Hommage à Renée Vivien
Mystérieux, amer et terrible, ô mon coeur, Eloigne enfin de toi la haine et la rancoeur! Sache combien est grand ce bienfait qu'on te donne De pouvoir pardonner, ô mon coeur! et pardonne! Ne garde plus l'amer souvenir des joies dues! Et qu'il soit comme...
Elle est mon amie, ma compagne, Et partout elle m’accompagne, En veillant sur moi chaque instant De l’été au prochain printemps. A tous ceux qui n’ont pas conscience Tout comme moi de sa présence Et qui me croit en plein délire, A tous ceux-là je viens...
Inlassablement tu m'attendais chaque soir, Et tu dressais pour moi, dans ton imaginaire, Dans la pièce égayée d'une douce atmosphère, Une table de rêve où je venais m'asseoir. Dans des tons assortis à celui de mes yeux, Tu disposais tout le décor avec...
Tu le vois, j'ai remis ma robe des grands jours. Celle-là qui avait sublimé nos amours. Je m'y ressens déjà plus belle et lumineuse, Comme jadis, au temps de nos heures heureuses. Tu peux le vérifier, l'étoffe en est intacte, De tes doigts qui le feront...
Tes sombres anneaux d'améthyste S'animent et tremblent un peu Sous la jaune lueur du feu... Au dehors la clarté persiste. Accueillons le songe, donneur D'enchantements et de féeries... Mêlons nos âmes attendris Et parlons de notre bonheur. Parlons du...
Ta robe participe à ton être enchanté, O ma très chère!... Elle est un peu de ta beauté. La respirer, c'est ton odeur que l'on dérobe. Ton cœur intime vit dans les plies de ta robe, L'odeur de nos baisers anciens est dans ses plis... Elle se ressouvient...
A. Femmes, pour revêtir ce corps dans le tombeau Avez-vous su tisser un linceul assez beau? B. Avec un soin pieux nous l'avons embaumée, Cette morte qui fut pour nous la soeur aimée. A. Joignez les mains, priez pour l'âme qui s'enfuit, Et s'éloigne, très...
Elle viendra tantôt, cette femme que j'aime! Son voile aux plis flottants a de nobles ampleurs... Vous qui savez chanter, chantez un beau poème... Et parsemez de fleurs et de fleurs et de fleurs Le chemin lumineux de la femme que j'aime. Elle viendra...
Entre dans mon royaume, envahis mon empire. La grande salle a des colonnes de porphyre... Nous y célébrerons les lumineux festins Et nous réjouirons avec les morts hautains Et les mortes charmantes. Les princesses et les reines et les amantes, Paradant...
Une princesse attend, dans un cachot sans jour. Elle expie on ne sait quel criminel amour. On sait uniquement qu'elle est prédestinée. Elle est belle... Elle est jeune... Elle est l'Infortunée. Cependant le malheur n'a point courbé son front. La nuit...
I Sur le Mode majeur Toi qui m'as oubliée aujourd'hui, qui fus mienne Cependant, viens dans la maison aérienne Du songe et du passé. Il y demeure un soir doux au regard lassé. Les chambres aux plafonds creusés comme les dômes S'y peuplent de fantômes....
C'est l'heure où le désir implore et persuade... Le monde est amoureux comme une sérénade, Et l'air nocturne a des langueurs de sérénade. Les ouvriers du soir, tes magiques amis, Ont tissé d'or léger ta robe de samis Et semé d'iris bleus la trame du samis....
Ma douce, nous étions comme deux exilées, Et nous portions en nous nos âmes désolées. L'air de l'aurore était plus lancinant qu'un mal... Nul ne savait parler le langage natal... Alors que nous errions parmi les étrangères, Les odeurs du matin ne semblaient...
A mon réveil, ce fut le miracle du monde, Le ciel aux bleus de songe et les flots d'or vivant, La Méditerranée... Et j'allais en rêvant, Tant la paix de l'aurore était sage et profonde, Que pour nous seules l'univers était vivant, Et que nous étions l'âme...
J'étais hier la voyageuse solitaire. J'allais, portant au coeur une âpre anxiété... J'avais besoin de toi comme d'un flot d'été, D'un flot purifiant où l'on se désaltère. Aujourd'hui, mon silence a des bonheurs pensifs. O très chère! et mon âme est une...
Oui, je le crois, je suis calme, je suis heureuse. L'aube a dû rafraîchir mes tempes de fiévreuse. Viens, je te conterai mon passé, si tu veux. Et je te parlerai d'abord de ses cheveux. Ses cheveux la nimbaient, virginale auréole. Elle ne savait pas que...
Nymphes de l'Anigros, vierges du fleuve, qui, divines, foulez constamment ces profondeurs de vos pieds de rose, réjouissez-vous et soyez favorables à Kléonumos, qui vous éleva sous les pins, ô Déesses, ces belles statues de bois. Vierges de l'Anigros,...
Déesse vénérable, toi qui souvent descendant du haut du ciel, contemples le sanctuaire parfumé de Lacinium, reçoit le vêtement du lin le plus fin que, avec son illustre fille Nossis, tissa pour toi Theuphilis, fille de Kléocha. Bienheureuse Héra, la Très-Belle...
Tissons l'hyacinthe et l'iris En des trames confuses; Je chanterai, sur le paktis, L'Aphrodite et ses ruses. Lève tes paupières sans fard D'où coule un limpide regard: Nous avons une bonne part Dans les présents des Muses. Ceins ton front chaste de lotos,...
Fille de l'Arès, Constance belle et rude, Tes yeux, où l'effroi du passé brûle encor, Sont pareils aux yeux noirs de la solitude Sous ton réseau d'or. Dans un ciel massif tu demeures, mortelle, L'Infini dans tes regards extasiés, Que Sélanna règne ou...
Dans le frais clair-obscur bleuissent des lumières: Viens rêver de la Mort... J'adore tes paupières. Les siècles ont glissé sur nos fronts endormis, Plus légers et plus doux que des rires d'amis... Et le ruissellement des feuilles de pivoine Pleut dans...
Elles attendent, dans l'or bleu d'un réverbère, Quand la nuit des cités tragiques délibère Au pied d'un réverbère. Elles attendent... Et, frissonnant de dégoût, Les Fleurs, sous leurs doigts gris, leur haleine d'égout, Ont blêmi de dégoût. L'âpre fraternité...
Les Morts aveugles sont assis dans les tombeaux, Ils ouvrent leurs yeux larges et stupides Devant la lueur rouge des flambeaux, Et leurs yeux béants sont des gouffres vides... Dardant vers la nuit leurs regards stupides, Les Morts aveugles sont assis...
L'aube a des pas furtifs de louve Et des yeux de chacal... De mes mains j'ai creusé la douve; J'ai bâti, sans vassal, La tour aux murs noirs qui t'encloître. Ton épouvante voit s'accroître, Pareil à l'enflure d'un goître, Mon amour féodal. Que m'importe...
Les Ondines, ceignant les roseaux bleus du fleuve, Ont des chansons de vierge et des sanglots de veuve. Leurs gemmes sont les pleurs lumineux du passé. Le Griffon s'alanguit en un songe lassé; Sur ses paupières a pesé la somnolence, Et ses ongles d'onyx...