Hommage à Renée Vivien
Chanson Norvégienne Choeur. Comme un vol de cygnes sauvages, Battements d'ailes vers le Nord, Passe le vol des blancs nuages, Chassés par la bise qui mord. Récit. Viens, nous respirerons les parfums de la neige. Les brumes auront le bleu de tes regards...
Un acte en vers Scène Première Le Palais des Doges. - Fenêtres ouvertes sur la lagune. On entend de lointains accords de luths et de mandolines. Gemma. O Venise! j'ai l'âme ivre de sérénades: La musique a brûlé mes lèvres et mon front. Les barques où,...
Tes yeux sous tes cheveux sont comme des poignées De rayons à travers des toiles d'araignées. Ton sourire d'été, que l'aube colora, Est pareil au sourire orgueilleux de Sara. Mon regard s'hypnotise à cette fauve boucle Où le divin saphir épouse l'escarboucle....
Tu m'apportes l'ardeur des nuits de Palestine. Sur ton front, serein comme un feu d'autel, Brûle, sceau mystique, empreinte divine, La gloire de ta race, ô fille d'Israël! Ton corps a les parfums du corps de Bethsabée, Pâleur de lotus et de nénuphar....
Quelqu'un, je crois, se souviendra dans l'avenir de nous. Mon souci. Psappha. Dans l'avenir gris comme une aube incertaine, Quelqu'un, je le crois, se souviendra de nous, En voyant brûler sur l'ambre de la plaine L'automne aux yeux roux. Un être parmi...
La Haine nous unit, plus forte que l'Amour. Nous haïssons le rire et le rythme du jour, Le regard du printemps au néfaste retour. Nous haïssons la face agressive des mâles. Nos coeurs ont recueilli les regrets et les râles Des Femmes aux fronts lourds,...
Entre tes seins blêmit une perle bizarre. Tu rêves, et ta main curieuse s'égare Sur les algues de soie et les fleurs de satin. J'aime, comme un péril, ton sourire latin, Tes prunelles de ruse où l'ombre se consume Et ton col sinueux de page florentin....
L'odeur des frézias s'enfuit Vers les cyprès aux noirs murmures... La brune amoureuse et la nuit Ont confondu leurs chevelures. J'ai vu se mêler, lorsque luit La datura baigné de lune, Les cheveux sombres de la nuit Aux cheveux pâles de la brune. La fin...
Parmi le boréal silence, le zénith Irradie âprement aux jardins d'aconit. Enigmes et remords, les yeux des Nyctalopes Reflètent la perplexité des horoscopes, Et les Musiciens, frères des Séraphim, Ecoutent murmurer la harpe d'Eloïm. De glauques nénuphars...
C'est l'heure où l'âme famélique des repus Agonise, parmi les festins corrompus. Et les Mangeurs d'herbe ont aiguisé leurs dents vertes Sur les prés d'octobre aux corolles large ouvertes, Les prés d'un ton de bois où se rouillent les clous... Ils boivent...
J'erre au fond d'un savant et cruel labyrinthe... Je n'ai pour mon salut qu'un douloureux orgueil. Voici que vient la Nuit aux cheveux d'hyacinthe, Et je m'égare au fond du cruel labyrinthe, O Maîtresse qui fus ma ruine et mon deuil. Mon amour hypocrite...
Estompe ta beauté sous le poids des étoffes, Plus souples que les flots, plus graves que les strophes. Elles ont la caresse et le rythme des mers, Et leur frisson s'accorde au blanc frisson des chairs. Revêts le violet des antiques chasubles, Parsemé...
L'ombre étouffe le rire étroit des Emmurées. Leur illusoire appel s'étrangle dans la nuit. Leur front implore en vain la brise qui s'enfuit Vers l'Ouest, où les mers sommeillent, azurées. Leur cécité profonde ignore les marées Des couleurs, les reflux...
Pâle et mélancolique ainsi qu'une malade, - Un tapis fondu languit sous tes pieds - Plus majestueux qu'un temple de jade, - Les magnolias et les tulipiers - Ont laissé pleuvoir la nuit de leur voûte. - - Tramé dans un soir aux bleus inconnus - Par de...
Et je regrette et je cherche... Psappha. Les oliviers, changeants et frais comme les vagues, Recueillent gravement tes murmures légers, Psappha, Divinité des temples d'orangers, Dont le chant surpassa le chant des étrangers... La montagne a des plis musicalement...
Droite et longue comme un cyprès, Mon ombre suit, à pas de louve, Mes pas que l'aube désapprouve. Mon ombre marche à pas de louve, Droite et longue comme un cyprès. Elle me suit, comme un reproche, Dans la lumière du matin, Je vois en elle mon destin...
J'ai bu, tel un poison, vos souffles éplorés, Vos sanglots de parfums, lys fauves, lys tigrés! Dédiez au matin votre rose sourire, Lys du Japon, éclos aux pays de porphyre. Ténèbres, répandez vos torpeurs d'opiums, Vos sommeils de tombeaux sur les chastes...
Le blond zodiaque détruit Ses énigmatiques algèbres, Et les cygnes noirs de la nuit Glissent sur un lac de ténèbres. Tu me tends, d'un geste onduleux, Tes mains où le lotus se fane. A travers les feuillages bleus Tu souris, comme Viviane. Je retrouve...
Tes yeux verts comme l'aube et bleus comme la brume Ne rencontreront pas mes yeux noirs de tourment, Puisque ma douleur t'aime harmonieusement, O lys vierge, ô blancheur de nuage et d'écume! Tu ne connaîtras point l'effroi qui me consume, Car je sais...
La nuit des vergers bleus d'acanthes, Des jardins pourpres d'aloès, Attend l'Evohé des Bacchantes Et les mystères de Cérès. Dans le temple aux flammes païennes, Le soir, accroupi comme un sphinx, Contemple les Musiciennes, Evocatrices de Syrinx. Une étrange...
Le soir, doux berger, développe Son rustique solo... Je mâche un brin d'héliotrope Comme Fra Diavolo. La nuit latente fume, et cuve Des cendres, tel un noir Vésuve, Voilant d'une vapeur d'étuve La lune au blanc halo. Je suis la fervente disciple De la...
L'orgueil endolori s'obstine A travestir ton coeur lassé, Ténébreux comme la morphine Et le mystère du passé. Tu récites les beaux mensonges Comme on récite les beaux vers. L'ombre répand de mauvais songes Sur tes yeux d'archange pervers. Tes joyaux sont...
Les évocations de ma froide folie Raniment les reflets sur le marais stagnant Où flotte ton regard, ô perverse Ophélie. C'est là que mes désirs te retrouvent, ceignant D'iris bleus ton silence et ta mélancolie, C'est là que les échos raillent en s'éloignant....
Je n'ai point contemplé le mirage des formes, Je n'ai point désiré l'oasis des couleurs, J'ai su me détourner de la saveur des cormes Et des mûres de pourpre et des figues en fleurs. Mes doigts n'ont point pétri le moelleux des étoffes. J'ai fui, comme...
L'homme fortuné qu'enivre ta présence Me semble l'égal des Dieux, car il entend Ruisseler ton rire et rêver ton silence, Et moi, sanglotant, Je frissonne toute, et ma langue est brisée: Subtile, une flamme a traversé ma chair, Et ma sueur coule ainsi...