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    Accueille, immortelle Aphrodita, Déesse,

    Tisseuse de ruse à l'âme d'arc-en-ciel,

    Le frémissement, l'orage et la détresse

                    De mon long appel.

     

    J'ai longtemps rêvé: ne brise pas mon âme

    Parmi la stupeur et l'effroi de l'éveil,

    Blanche Bienheureuse aux paupières de flamme,

                    Aux yeux de soleil.

     

    Jadis, entendant ma triste voix lointaine,

    Tu vins l'écouter dans la paix des couchants

    Où songe la mer, car ta faveur hautaine

                    Couronne les chants.

     

    Je vis le reflet de tes cheveux splendides

    Sur l'or du nuage et la pourpre des eaux,

    Ton char attelé de colombes rapides

                    Et de passereaux.

     

    Et le battement lumineux de leurs ailes

    Jetait des clartés sur le sombre univers,

    Qui resplendissait de lueurs d'asphodèles

                    Et de roux éclairs.

     

    Déchaînant les pleurs et l'angoisse des rires,

    Tu quittas l'aurore immuable des cieux.

    Là-bas surgissait la tempête des lyres

                    Aux sanglots joyeux.

     

    Et toi, souriant de ton divin visage,

    Tu me demandas: "D'où vient l'anxiété

    A ton grave front, et quel désir ravage

                    Ton corps tourmenté?

     

    "Qui te fait souffrir de l'âpre convoitise?

    Et quelle Peithô, plus blonde que le jour

    Aux cheveux d'argent, te trahit et méprise,

                    Psappha, ton amour?

     

    "Tu ne sauras plus les langueurs de l'attente.

    Celle qui te fuit te suivra pas à pas.

    Elle t'ouvrira, comme la Nuit ardente,

                    L'ombre de ses bras.

     

    "Et tremblante ainsi qu'une esclave confuse,

    Offrant des parfums, des présents et des pleurs,

    Elle ira vers toi, la vierge qui refuse

                    Tes fruits et tes fleurs.

     

    "Par un soir brûlant de rubis et d'opales

    Elle te dira des mots las et brisés,

    Et tu connaîtras ses lèvres nuptiales,

                    Pâles de baisers."

     

    Renée Vivien


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    L'homme fortuné qu'enivre ta présence

    Me semble l'égal des Dieux, car il entend

    Ruisseler ton rire et rêver ton silence,

                    Et moi, sanglotant,

     

    Je frissonne toute, et ma langue est brisée:

    Subtile, une flamme a traversé ma chair,

    Et ma sueur coule ainsi que la rosée

                    Apre de la mer;

     

    Un bourdonnement remplit de bruits d'orage

    Mes oreilles, car je sombre sous l'effort,

    Plus pâle que l'herbe, et je vois ton visage

                    A travers la mort.

     

    Renée Vivien


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                                    Je t'aimais, Atthis, autrefois...

     

    Le soir fait fleurir les voluptés fanées,

    Le reflet des yeux et l'écho de la voix...

    Je t'aimais, au long des lointaines années,

                    Atthis, autrefois.

     

    Renée Vivien


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                                    ... Tu m'oublies...

     

    L'eau trouble reflète, ainsi qu'un vain miroir,

    Mes yeux sans lueurs, mes paupières pâlies.

    J'écoute ton rire et ta voix dans le soir...

                    Atthis, tu m'oublies.

     

    Tu n'as point connu la stupeur de l'amour,

    L'effroi du baiser et l'orgueil de la haine;

    Tu n'as désiré que les roses d'un jour,

                    Amante incertaine.

     

    Renée Vivien


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                                    Atthis, ma pensée t'est haïssable

                                    et tu fuis vers Androméda.

     

    Tu hais ma pensée, Atthis, et mon image.

    Cet autre baiser, qui te persuada,

    Te brûle, et tu fuis, haletante et sauvage,

                    Vers Androméda.

     

    Renée Vivien


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